Le Bal : épisode 5/8
Alors qu’ils étaient presque arrivés à lisière de la forêt d’invités, le brouhaha cessa brutalement. Quelques murmures pareils à la brise vinrent meubler ce silence subit.
Il y avait au fond du dôme une troisième tribune haute, plus haute que les autres, luxueuse, sièges de velours rouge aux bordures dorées, réservée à l’élite, comme Conrad et Elody.
Des officiels y étaient installés mais ils semblaient sombres et flous tant le couple était resplendissant.
Elody portait une magnifique robe blanche sertie de diamants et de saphirs. La robe était longue, serrée à la taille et bouffante en dessous avec des volants en dentelle à fleurs azur. La poitrine d’Elody était mise en valeur par un corset qu’on devinait sous sa robe de contes de fée.
Conrad quant à lui portait un costume classique blanc mais ô combien somptueux. Le tissu était satiné et brillait de mille feux. Les épaulettes bleues avaient leur contour doré. Doré comme la boutonnière de triangles aux côtés légèrement concaves et comme les boutons de manchettes parfaitement assortis. Le col mao rajoutait à la prestance du personnage, ce qui renforçait son image altière.
Ils saluaient la foule. Aude, toute excitée, leur renvoyait leurs mouvements de mains. Tout comme elle, la masse exultait ; et pour confirmer la règle : Georges dans le rôle de l’exception.
Lui était aveugle à toutes ces paillettes-là, sourd à toutes ces acclamations. Lui était frigorifié dans la marée de chaleur humaine, lui était seul… Solitude dans la foule…
C&E descendirent de leur tribune par un des escaliers de marbre rosé juste après que des couples de danseurs amateurs - ceux qu’on surnommait les Elus, triés sur le volet - se fussent positionnés en cercle tout autour de la piste de danse.
Ils allaient ouvrir le Bal.
L’orchestre, installé sous la tribune VIP, était prêt. Le chef avait la baguette à la main, tous les musiciens n’attendaient plus que son signal, il en était de même pour les danseurs.
C’est alors qu’un des officiels, un homme chauve au teint livide, d’âge mur, vêtu d’un ensemble bleu marine, micro à la main annonça d’une voix nasillarde:
« Bienvenue à toutes et à tous au Dôme Manster. Merci d’être venus si nombreux, merci de votre confiance et de votre patience. Le Bal va maintenant être ouvert par les grands Conrad et Elody Johnnasson suivis des Elus ! Maestro ! »
A cet instant précis, tout changea sous la demi-sphère de verre et de métal. Plus un mot mais des notes. Un geste magistral du Chef d’orchestre initia la Valse, Amour Tzigane.
Les grandes lumières des lustres se tamisèrent pour laisser paraître des faisceaux de projecteurs convergeant vers C&E qui commencèrent à se mouvoir avec grâce. Leur élégance n’était pas que vestimentaire, ils semblaient couler le long d’une cascade de notes, ils glissaient sur la piste sans peine, tournaient en accord parfait avec la musique, la lumière braquée sur eux faisait scintiller les pierres précieuses de leurs apparats.
Même la solitude de Georges ne l’avait pas empêché de remarquer ce spectacle sublime, Conrad et Elody étaient magnifiques…
Peu après, les Elus suivirent dans la danse, soucieux de faire honneur à leurs hôtes et de confirmer leur talent aux officiels présents.
« Si elle était là, nous aurions pu être comme eux, si beaux… Si heureux… »
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