Extrait n°2 de "Infusion"
Attention, cet extrait contient des descriptions (de type "gore/morbide" ) pouvant heurter les sensibilités.
Le soir, un reportage télévisé allait choquer la population.
Un horrible crime avait été commis juste à côté de chez moi.
J’étais sceptique… Je repensais à cette matinée étrange.
Je ne me souvenais pas de tout, je venais à peine de me réveiller, pourtant je me sentais encore las, j’avais envie de retourner dans les bras de Morphée. Aussi retournai-je m’allonger. Mais je ne parvenais pas à trouver le sommeil, dans ma tête, des images et des sons m’en empêchaient. Chaque fois que mes paupières s’affaissaient, elles remontaient ensuite en sursaut, soulevées par les bras puissants de ma réflexion et de mon imagination. C’était comme des épisodes d’une série. En y repensant, je pouvais reconstituer une seule longue scène… Une scène de crime…
Un homme et une femme retrouvés morts. L’homme le crâne broyé, la femme décapitée et exsangue... Aucun réel témoin, quelques habitants avaient bien entendu le cri de la malheureuse mais sans doute avaient-ils préféré rester cachés et n’avaient rien vu à moins qu’ils aient vu des choses qu’ils préféraient ne pas révéler. Le passage où avait eu lieu le crime était très fréquenté, trop pour pouvoir isoler quoique ce soit de façon rigoureuse, empreintes ou autres… C’est ce que disait un des officiers de police. J’étais là à côté d’eux. C’était comme la dernière fois. Quelle sorte de rêve était-ce donc la ?
Ce corps de brume, cette immatérialité…
J’observais, j’écoutais, les enquêteurs étaient vraiment dans le flou. Ils n’avaient pas su interpréter les détails particulièrement morbides et sadiques de la scène du crime. Ils n’en avaient jamais vue de semblable. L’homme gisait sur le sol dans une mare rouge. Son sang semblait former une fleur de mort dont le parfum, mélange d’odeurs de renfermé et d’entrailles, de chair molle et de sang emplirait tout le couloir, noyant les personnels légaux dans un état nauséeux certain. Il n’avait plus qu’un amas de chair à la place de la cervelle. Complètement désagrégé, l’organe de son intelligence ressemblait ici plus à un feuillet bosselé dont chaque crête aurait pu correspondre à des circonvolutions. Tout cela contrastait avec la douceur surprenante, mais toute aussi morbide, du contact entre cette masse visqueuse et la peau des enquêteurs au travers de gants de latex. Comme pour représenter les organes sexuels de la fleur de mort, la matière grise s’étendait en rond, à peine excentrée dans cette flaque rouge... Des morceaux d’os de sa tête se retrouvaient jusqu’à trois mètres de là. Le dessus du crâne à peu près entier avait sur lui une fine couche de cheveux crépus encore raides comme si le sujet avait été soumis à un courant trop intense. Etrange scalp… à la coque. Les mâchoires avaient été réduites en éléments granuleux si fins que l’on aurait dit qu’il s’agissait de poussière, sans doute le vent en avait-il dispersé une bonne partie. La peau foncée du nègre avait été déchirée sur tout le périmètre du cou. La langue semblait être l’organe le moins endommagé, il n’y avait qu’une demi-douzaine de bout d’os qui la traversaient de part en part.
Le bulbe rachidien toujours rattaché au corps, assis sur ses genoux et le tronc légèrement penché en avant, pendait mollement vers le sol et laissait dégouliner la lymphe interstitielle qui le baignait. Il était presque amusant de constater qu’il réagissait comme une éponge quand on y enfonçait le doigt... Et toujours cette puanteur... Quant aux yeux, un seul fut retrouvé à peu près intact, un globe déformé, blanc, rouge avec une tâche noire et l’autre : une bouillie blanche, une purée rouge et une sauce noire...
Le corps de l’homme était encore crispé quand les secours et la police étaient arrivés, étrangement raide, trop tôt pour une rigidité cadavérique...
La femme était plus facile à identifier. La tête entière était séparée du corps certes, mais elle était reconnaissable... Là par contre, pas de sang hormis quelques éclats de celui de son compagnon. Le corps en était vide, adossé au mur du petit chemin qui avait été seul spectateur de la scène, il n’était plus que partiellement recouvert de vêtements. On pouvait admirer le goût coquet de la défunte en observant son soutien-gorge en dentelle, et abuser du spectacle du corps généreux, et sa peau métisse de mulâtresse… En se rapprochant un peu du corps de la pauvre acéphale, on pouvait sentir une odeur de cyprine séchée, résidu du court plaisir qu’elle avait eu le temps d’éprouver. Sans doute quand l’homme la serrait, à moins que ce fut quand...
La tête, à peine à un mètre, tranchée net, arborait un visage empreint d’un rictus d’horreur et de douleur mettant en valeur les lèvres de la victime... Les longs cheveux noirs, étalés vers le corps de leur hôte, semblaient les seuls à n’avoir pas souffert... Sur la base du cou, des traces de morsures…
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