Ecris-moi un poème, s’il te plaît

- Ecris-moi un poème, s’il te plaît
- Pourquoi donc ?
- Je ne sais pas, comme ça, j’en ai envie
- Je pourrais écrire des textes pour n’importe quel prétexte mais ça me laisse perplexe. Pour que je réponde à ton envie, il va falloir me la donner. Il va falloir m’inspirer mieux que ton air, me faire voir par tes yeux, entendre par tes oreilles.
Il grimaça.
- Regarde autour de toi et dis-moi ce que tu vois
- Je vois des gens, adultes et enfants, des couples qui se tiennent la main en marchant.
- Est-ce là tout ce que tu vois ?
- Non, je vois aussi un ciel bleu et un soleil radieux, des arbres verts et des fleurs de toutes les couleurs !
- Mais encore ?
- Je ne sais pas, pour moi c’est tout !
- Bien. Et qu’entends-tu ?
- Des enfants qui chahutent, des adultes qui discutent, des oiseaux qui chantent et de lointains bruits de moteur qui désenchantent.
- Dis-m’en plus.
- J’entends les roues des poussettes et les pas des promeneurs, le vent dans les feuillages et le clocher de quelque bâtisse du moyen-âge. J’entends aboyer un chiot, râler une mécontente, et rire un homme à l’allure nonchalante.
- Les odeurs ?
- Heu, je n’en sais rien moi, je n’ai pas le flair d’un chien.
- Tu as su tendre l’oreille tout à l’heure. Désormais, pointe le nez et respire à pleins poumons.
- Très bien… Je sens… Je sens une sorte de fraîcheur dans l’air, je ne saurais trop la décrire. Une odeur, mélange d’herbe, de bois, de fleur. Un air chaud, presque lourd. Un parfum de ville et de nature.
- Et bien voilà qui est mieux. Maintenant, dis-moi comment tu te sens, ce que tu ressens.
- Je me sens bien ici, détendu, immergé plus que jamais dans le monde, une sensation de bonheur, de sérénité.
- Regarde à nouveau, écoute toujours et respire encore. Le voilà ton poème, il est en toi et tout autour de toi.
11 Juin 2006