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On Verra (Nouvelle)

Jeudi 17 avril 2008

Episodes
1 - 2 - 3 - au sujet de la suite.


 

 

 

 

 

 

« Bon sang, mais qu’est-ce que je fous là ? »

Tels furent les premiers mots qui brisèrent le silence. Jusque là, ils étaient quatre à se regarder en chiens de faïence. Trois jeunes hommes et une toute aussi jeune femme. Ils s’étaient réveillés dans cette cellule ingrate et étroite, aussi froide que sale, avec quatre coins de paille contrastant avec la pierre noircie des murs. Une petite lucarne grillagée laissait paraître un petit coin de ciel bleu-nuit étoilé.

Celui qui avait parlé était un grand gaillard de type caucasien, le teint pâle, les yeux noirs. Ses cheveux lisses et mi-longs lui coiffaient la tête comme une calotte qui chatouillerait ses oreilles et chercherait à masquer son œil gauche. Sa voix grave, sa peau un brin boutonneuse, sa barbe mal rasée et ses épais sourcils en faisaient le stéréotype même de la virilité brutale. Il portait un jean bleu délavé, un peu serré, et un débardeur blanc tâché ainsi qu’une paire de baskets blanc cassé.

D’abord inconfortablement allongé sur le ventre, il se releva lentement en se tenant la tête puis regarda ses compagnons d’infortune. « Il fait peut-être très sombre, mais j’vous connais pas, ça c’est sûr ! Z’êtes qui vous ? » Il avait lancé cette phrase comme si ces trois-là étaient responsables de sa présence en ces lieux. Un des hommes se leva à son tour pour lui répondre. Il était malingre, de taille à peine moyenne, chauve, les yeux clairs sans doute bleu, un peu bridés. « Je te retourne la question ! » Sa petite voix fluette avait cependant eu un ton sec et assuré. Il se tenait droit. Il était vêtu de noir, une jupe porte-feuille longue avec trois boucles métalliques, un T.shirt à priori rouge sombre surmonté d’un blouson noir, type cuir, aux épaules décorées d’écailles en métal argenté. Ses chaussures presque totalement cachées sous la jupe semblaient avoir la semelle épaisse.

« Purée, vous êtes bêtes ou quoi ? On est carrément tous dans la même galère là ! Pourquoi se crier dessus ? » C’était la rousse qui s’était exclamée. Elle était de taille moyenne, un peu ronde, elle portait une jupe rose qui lui arrivait juste sous les genoux, un pull col roulé blanc et une paire de chaussures blanches, plates et ouvertes. Elle s’était redressée mais restait assise, les jambes sur le côté, s’appuyant sur un bras et se frottant le front de sa main libre.

Un petit rire inquiétant retentit alors. C’était le quatrième incarcéré. Typé indien, cheveux longs et lâchés, décolorés. Il portait un bouc mal entretenu. Vêtu d’un long manteau blanc avec un col à fourrure, d’une chemise vert clair incomplètement boutonnée, d’un pantalon blanc et de chaussures blanches à talons épais, plutôt classieuses, il semblait se moquer de la situation alors que les autres étaient stressés. Assis, légèrement incliné en arrière, un peu de paille comme dossier sur lequel s’appuyaient ses coudes, les jambes pliées et écartées devant lui, il donnait presque une sensation de confort. Son rire se mua en sourire, il releva légèrement la tête et dit d’un ton amusé: « Johna, enchanté. »

-        « Adeline, j’aimerais bien être aussi enchantée que toi. »

-        « Sylvain… » Rajouta le plus grand.

 Un souffle, un soupir et la dernière voix se présenta : 

-        « Hajime. »

-        « Bien, voilà un meilleur début ! » Ricana Johna. « Par contre, ça ne nous dit pas comment nous sommes arrivés ici… Ni pourquoi… »

-        « Je… Je m’étais couchée après avoir mangé… Je crois que je venais à peine de m’assoupir quand j’ai entendu ce bruit étrange, une sorte de grésillement et puis plus rien… Je me souviens juste ensuite avoir repris mes esprits ici… » Expliqua Adeline.

-        « Moi j’buvais une bière devant un putain de clip… Et là, la foutue télé de la daronne s’est brouillée, je me suis levé pour aller voir le problème, je me suis pris les pieds dans cette daube de tapis. J’me vautre à terre, la lumière s’éteint, je relève la tête et je vous vois… » Sylvain venait de donner sa version.

-        « J’en sais rien… Je ne me souviens de rien de ce que je faisais… » Hajime se claquait le front comme pour décrocher un souvenir de son attache.

-        « Ok, donc aucune histoire ne se ressemble… Ca n’a aucun sens… » Conclut Johna.

 

Il se leva, sans rien ajouter, et observa les barreaux  métalliques de leur cellule. De l’autre côté un sombre couloir partait vers la droite. Il ne pouvait rien y voir de plus qu’une lointaine lueur vacillante, sans doute une torche.

-        « Et toi ? Tu faisais quoi ? » Demanda Hajime.

-        « Bah… » Grommela-t-il « J’étais en bonne compagnie et ça se passait très bien, si tu vois ce que je veux dire… »

-        « Oui, oui, on a bien compris, n’en dis pas plus ! » Intima Adeline.

 

Sylvain se rapprocha à son tour des barreaux, en saisit deux et tenta de les écarter, de les faire bouger mais ils étaient bien scellés.

-        « Qu’est-ce qu’on va devenir ? » Gémit Adeline.

« Bonne question ! » Répondirent-ils tous en chœur avec la même ironie.



Episode II
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Dimanche 4 mai 2008

Episodes
1 - 2 - 3 - au sujet de la suite.
 


 

 

 

 

 

   




 

Après un court silence gêné, elle changea de sujet.
- « Heu, juste une question… Je ne me suis pas couchée habillée comme ça… Et je ne crois pas que Johna était habillé ainsi vue son histoire. Quelqu’un nous a donc changés ?? »
- « Peut-être… De toute façon, rien n’est clair pour le moment, donc bon… Est-ce vraiment important de le savoir ?» Répondit Hajime.

Sylvain s’excitait sur les barreaux à tenter de les ouvrir par des méthodes de plus en plus loufoques. Tirant en arrière, sur les côtés, avec les bras, en poussant avec les jambes. Là il s’apprêtait à prendre son élan pour tenter une charge.
- « Ca suffit ! » Somma Johna d’un ton sec et hautain. « T’es pathétique, mon gars. »
- « De quoi j’me mêle ?? » Grogna Sylvain en plissant le front.
- « Et susceptible en plus. » Johna avait eu un large sourire, une de ces dents avait littéralement scintillé.
- « Que… Tu te fous de moi p’tit branleur ? Je vais te faire ravaler ton putain de sourire de B.D., moi ! » Hurla Sylvain, enragé.


La montagne de muscle courroucée se jeta brutalement sur Johna qui était encore assis et qui réagit à peine. Adeline poussa un petit cri de stupeur et Hajime resta impassible, suivant simplement le gorille du regard.
Sylvain avait plongé sur l’homme en blanc et avait atterrit le visage le premier sur une de ses semelles épaisses, utilisée comme bouclier. Il s’étala de tout son long devant Johna qui se redressa enfin, tranquillement. Rien ne semblait le presser.
- « T’es mignon quand tu dors ! » Lança-t-il une fois debout.
- « Putain, va te faire foutre ! » Répondit Sylvain en se relevant, prêt à frapper du poing au sol.
- « Deux gamins… » Commenta Hajime.

En entendant ces mots, Sylvain ne put s’empêcher de réagir et de regarder le petit asiatique.
« Il a quelque chose à dire le caniche en jupe? »
A ce moment précis, Adeline recula et se plaça derrière Hajime, pliant les genoux pour être bien masquée derrière lui. Elle se gratta frénétiquement les cheveux près de l’oreille. Intrigué, Hajime tourna la tête vers elle. Sylvain en profita pour tenter de le frapper d’un direct du droit au visage mais Johna, qui était à sa droite, l’en empêcha l’attrapant d’une main au niveau de l’intérieur du coude et en tirant si fort que Sylvain fut obligé de plier le bras. Hajime furieux de cette traîtrise arbora une grimace de rage et commença à déblatérer dans un dialecte inconnu de ces compagnons de cellule. Ses petits yeux fixaient le grand bonhomme. Hajime parlait vite, très vite, sa bouche semblait ouverte et fermée à la fois, illusion d’optique ? Sylvain à qui s’adressaient visiblement ces mots ouvrit grand les yeux et sembla décontenancé. Il se dirigea, sans jamais donner le dos, vers les barreaux sur lesquels il s’appuya. Il semblait effrayé, ses jambes tremblaient et le portaient à peine, il voulait s’éloigner le plus possible du petit homme en jupe noire.
Adeline et Johna observaient la scène avec étonnement. Johna toujours debout, bien droit, avec un sourire prêt à être décoché. Adeline toujours à moitié cachée derrière l’homme en jupe.
Tout d’un coup, Sylvain tomba en arrière, alors même que la seconde d’avant il était appuyé contre les barreaux. Ils s’étaient déformés comme des cordes ou des élastiques.
Le regard sévère, Johna se précipita immédiatement et les toucha pour chercher à vérifier ce qui s’était passé. Il parvint à les écarter comme un banal rideau et sortit de la cellule. Sa mine avait perdu son sourire pendant une seconde, mais il s’était aussitôt dessiné à nouveau, laissant échapper à son coin un petit éclair de lumière.
« Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » S’interrogea-il calmement. Hajime, qui s’était tu, prit Adeline par la main et suivit l’exemple de leur compagnon.

Ils foulaient désormais le sol du couloir, à peine plus large qu’un homme. « Sortons vite d’ici, je n’en peux plus de cet endroit ! » Déclara Adeline en prenant les devants.
Johna remarqua que la jeune fille avait une légère pilosité près des oreilles, des poils blanc et bouclés. Elle ouvrait désormais la marche. En passant près de la torche, elle s’en saisit sans hésitation, sans même s’arrêter. Les trois messieurs suivaient.
Sylvain marchait machinalement, en regardant distraitement d’autres cellules vides sur leur droite. Hajime restait silencieux, le visage neutre. Fermant la marche, Johna ne parvenait pas à réprimer son sourire depuis quelques instants déjà. Mais comme il avait souri dès le début, personne ne se douterait que cette fois-ci, c’était bien malgré lui. Il avançait d’un pas aussi assuré et décontracté que possible afin de masquer sa gêne.

Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à une grosse porte en bois humide à poignée ronde. De la lumière filtrait entre les planches, Adeline posa la main sur la poignée mais hésita à la tourner. Sylvain, n’ayant pas envie d‘attendre, tourna et la poignée et la main de la jeune rousse. « On a pas de temps à perdre !» Dit-il.

La porte était ouverte devant eux et il n’y avait rien derrière, Rien d’autre que cette lumière blanche. Sylvain perdit de son allant et recula peu.
- « Mais c’est quoi ça encore ?? »
- « Tu n’as qu’à traverser et tu sauras. » Ironisa Hajime.
- « Tu…Tu me prends pour une lavette, morveux ? Tu va voir !»

Sylvain, vexé s’apprêtait à s’engouffrer dans la lumière, quand Adeline, qui était encore la plus proche de la porte, s’interposa et tendit les bras devant elle pour le retenir. Elle avait arrêté net la montagne de muscle. Le gaillard commençait à ne plus savoir ou donner de la tête. Il passait de la crainte de la lumière à l’orgueil face à Hajime pour enfin être perplexe à cause d’une Adeline surprenante. Il recula d’un pas quand une main sur son épaule le fit se mettre de profil. C’était Johna qui voulait s’avancer vers la porte. « Ecartez-vous ! » Conseilla-t-il. Il ôta son grand manteau blanc et en passa une partie dans la lumière blanche.
Une seconde… Deux secondes… Trois secondes… Rien. Alors qu’il allait récupérer le manteau celui-ci fut tiré de l’autre côté de la lumière. Johna qui le tenait fortement fut entraîné et bascula en avant, tout son bras droit jusqu’à l’épaule était passé de l’autre côté. Il résistait tant qu’il pouvait. « Aiiiie ! Ca... Ca brûle ! »
Hajime avança vers Johna et l’agrippa pour l’aider mais, petit à petit, ils glissaient vers et dans la lumière. Adeline s’y mit également, mais sans plus de résultat.
« Sylvain, aide-nous ! » Cria-t-elle.
Le visage de Johna, à moitié passé de l’autre côté, arborait un rictus mêlé à une grimace de douleur et d’effroi.Sylvain se décida enfin à participer à l’effort mais, à ce moment précis, la force invisible les happa tous et la porte en bois se referma en claquant devant le couloir sombre où seule demeurait une torche abandonnée au sol…


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Mercredi 4 juin 2008

Episodes
1 - 2 - 3 - au sujet de la suite.



 









Adeline avait peine à ouvrir les yeux, ses paupières lui semblaient aussi lourdes que les cartons de son dernier déménagement. Comme elle était allongée sur le ventre, elle se tourna sur le flanc gauche, puis elle se gratta instinctivement derrière l’oreille droite.

-        « Ca va, Adeline ? » C’était la voix d’Hajime. Il se tenait derrière elle et venait de poser doucement sa main sur son épaule.

-        « Je…Je crois que oui… » Répondit-elle d’une voix peu assurée.

 Elle tourna la tête pour le regarder et vit derrière lui les deux autres, toujours inconscients. « Mon dieu, ils sont… ? »

-        « Ils sont vivants, Ils sont vivants… » La rassura Hajime.

 

Ils se trouvaient tous les quatre au bord d’une clairière.

L’herbe rase était couleur or, la terre sèche couleur ciel et le ciel sans nuage couleur sang. Le soleil à son zénith était, quant à lui, couleur neige. Adeline venait de le constater, regardant autour d’elle maintenant que ses paupières s’étaient allégées.

 

-        « Mais… C’est un cauchemar !!! » Gémit-elle, toujours en se grattant derrière la tête.

-        « J’aimerais bien mais Johna avait raison : tout ça n’a aucun sens. »

 

Les arbres étaient moins dépaysants. Leur bois était semblable à celui qu’ils connaissaient et leur feuillage, malgré leur aspect plastique brillant, était vert.

 

Johna revint à lui et se leva presque sans peine, sourire aux lèvres. Il jeta un coup d’œil rapide au décor puis secoua vigoureusement le dernier endormi qui ne tarda pas à émerger, grognant comme l’enfant récalcitrant que l’on réveillerait l’école.

 

-        « Putain, c’est quoi encore ce binse ? » Se plaignit-il immédiatement, les yeux grand ouverts sur cette nature singulièrement colorée.  « C’est flashy ici, ça fait mal aux yeux, eurk !»

-        « La confirmation que rien n’a de sens ici… Ce qui n’est pas pour arranger nos affaires ! » Annonça Johna, blasé.

-        « Je veux me réveiller, rentrer chez moi ! » S’écria Adeline.

-        « On a tous envie de retourner à notre vie normale, tu sais. » Rappela Hajime « Mais comment faire dans cet endroit sans queue ni tête ? »

-        « Je croyais que tu ne te souvenais de rien… » Interrogea Johna.

-        « Justement ! En retournant dans le monde normal, je pourrais peut-être me souvenir de quelque chose ! » Il frappa son poing contre sa paume, déterminé.

 

Ils n’étaient plus enfermés dans une cellule, pourtant ils restaient tous les quatre en cercle, à discourir sur leur sort comme au début de cette étrange aventure. C’est alors que Sylvain se dressa et pointa du doigt tel un chien de chasse à l’arrêt. « Regardez ! »

D’abord perplexes, Hajime et Adeline constatèrent qu’il y avait un sentier traçant au travers de la forêt, juste derrière eux. Comment avaient-ils pu ne pas le remarquer?

« Allons-y ! Ca nous mènera forcément quelque part ! C’est paumé ici ! On trouvera rien et on restera dans notre mouise ! » Avait ajouté le grand gaillard avant de commencer à marcher d’un pas assuré.

Leurs trois regards se croisèrent furtivement et ils décidèrent d’emboîter le pas à l’armoire à glace. Ainsi cheminèrent-ils au devant de l’inconnu, zigzagant entre les étranges arbres plastiques.

 

-        « C’est bizarre… Il n’y a aucun bruit ici. Vous aviez remarqué ? » Finit par questionner Hajime, au bout d’un  bon quart d’heure de marche.

-        « Maintenant que tu le dis, c’est tout à fait exact. » Répondit Johna, tout sourire, encore …

-         « Pas un chant d’oiseau, pas un bruissement dans les buissons. Tout semble…Figé… » Continua Hajime.

« Aucune odeur de bois, de feuille, de fleur… Rien… C’est ridicule ! »

-        « Mais qu’est-ce qu’on s’en branle de ton blabla, là ? On avance jusqu’à ce qu’on trouve des gens. Cesse de jouer à l’homme de la forêt, pour le moment t’es juste l’homme en jupe. » Lança Sylvain, Verbe-Subtil.

-        « C’est bizarre quand même ! » Ajoutèrent Adeline et sa démangeaison.

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