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Mercredi 6 février 2008

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"Ce soir est le grand soir.

Il va enfin "la" revoir !

Il en a tellement envie, tellement besoin !

Mais comment la retrouver dans cette foule?


Quand même le banal peut devenir une aventure ! "


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Merci à toutes celles et à tous ceux qui m'ont lu et apporté leur critique, positive ou négative, mais avant tout constructive.

Un remerciement particulier à celle avec qui je discutais un fameux soir et qui m'a dit : " Je parie que tu ne me reconnaîtras même pas et que tu ne me trouveras pas à la soirée !"
Il ne m'en a pas fallu davantage pour démarrer cette nouvelle !

Merci à toi qui te reconnaîtra !








=> Episode I

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Mercredi 6 février 2008

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La marée humaine ne semblait pas vouloir refluer, le jeune homme devait se frayer un chemin parmi la foule.
La grande salle était à ce point noire de monde qu’il se demandait comment il pourrait retrouver ses amis.
Le brouhaha était impressionnant, la chaleur rendait les peaux moites et que dire des odeurs ?
 
Le squelette du bâtiment datait de la révolution industrielle, une grande structure métallique en demi-sphère, le plafond était comme un quadrillage de ferraille et de verre. Le mélange était saisissant. Le fer vieilli donnait une impression d’ancienneté, de rustique, de pénombre. Le verre au contraire inspirait le moderne, le léger, le lumineux.
 
L’intérieur était très classieux, la piste était immense, circulaire, le carreau décoré de carrés blancs et noirs. On y arrivait par un petit couloir plutôt bas de plafond et peu éclairé. C’était sans doute pour mettre en valeur les entrées des invités, sortir de l’ombre était une symbolique forte. L’intérieur était très haut de plafond, le dôme devait culminer à une trentaine de mètres. A gauche et à droite se trouvait des tribunes à peine séparées de la piste par une rambarde de bois sombre vernis et surmontées d’autres tribunes auxquelles on accédait par des escaliers de marbre rosé magnifiquement ornementés.
 
Des lustres en cristal, suspendus à de longues chaînes argentées, éclairaient généreusement la pièce. Des plantes vertes, luxuriantes, savamment disposées magnifiaient la décoration.
 
Jusque-là, la cohue, comme un foulard sur ses yeux, l’avait empêché de profiter du décor. Il le pouvait maintenant qu’il avait enfin pris de la hauteur.
Il était au balcon des tribunes, il scrutait.
Mais où pouvaient-ils être ? Et surtout elle, où était-elle ?
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Mercredi 6 février 2008

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Il nageait littéralement, ses bras effectuant des mouvements circulaires réguliers pour avancer dans cette mer d’invités. Tantôt il s’excusait furtivement auprès d’un homme d’âge mûr de grande taille en costar classique, blanc et noir, tantôt il passait en force entre deux jeunes hommes plus baroques, costumes blancs, chemise rose vif.
Il se faufilait aussi parfois derrière une femme de la trentaine, vêtue d’une longue robe cramoisie étincelante, longuement fendue sur le côté droit, dos à moitié nu, poitrail bien couvert, la robe remontant jusqu’au cou. Parfois c’était plutôt une jeune adulte, en jupe mi-courte, près du corps, indigo, satinée, accompagnée d’un chemisier blanc cassé, partiellement boutonné, laissant paraître des seins bien bombés par un sous-vêtement assorti à la jupe.
 
Parfois encore il remarquait leurs chaussures, quand il manquait de leur marcher dessus ou quand il le faisait carrément, s’excusant ensuite sans pour autant s’arrêter, des chaussures noires et blanches cirées, des talons aiguilles impressionnants de couleurs variées.
 
L’inévitable se produisit. Il finit par être stoppé net dans son élan par un homme, une véritable armoire à glace n’ayant guère apprécié ce passage rapproché derrière sa compagne.
Interrompu dans sa course par une large main fermement posée sur son épaule droite, notre jeune ami sentit soudainement monter l’angoisse. Se retournant lentement, il dût lever le regard pour appréhender la taille de celui qui l’avait agrippé. La mine qu’arborait ce géant était de mauvais augure. Il portait les cheveux courts. A l’œil, il mesurait près de deux mètres et ses épaules larges n’avaient rien pour rassurer l’impudent. Quant à la jeune femme frôlée, elle regardait la scène avec des yeux scintillant d’une délectation sadique, en arborant un sourire rouge vif, éclatant autant qu’inquiétant.
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Jeudi 7 février 2008


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Dans l’image du marteau et de l’enclume, qui voudrait avoir sa tête à la place de cette dernière ? Personne ! Et Georges ne faisait pas exception ! Dans un réflexe salvateur, il plia les genoux comme pour se laisser choir, tourna les talons et se faufila comme un beau diable au milieu des convives. La Bête qui avait failli être son bourreau allait partir à sa suite mais sa Belle l’en dissuada de quelques mots et d’une caresse le long du bras. Elle ne cessa pourtant pas de regarder dans la direction où avait disparu le jeune homme.
 
Etrange… Plus de bruits de pas, plus de bavardages incessants, plus rien de tout ça. Dans sa fuite, seuls les battements de son cœur semblaient exister. Quoique non, il y avait aussi le sifflement de son souffle, presque à bout. Et sa sueur ? Etait-elle du fait de la seule chaleur ?
Cela importait peu, il fallait continuer… Avancer…
 Après quelques instants de cavalcade à travers la foule, une main l’agrippa par le bras.
« Où vas-tu comme ça ?! » cria une voix masculine.
Son sang ne fit qu’un tour, son cœur repartit de plus belle, sur quel pied avait-il encore marché ? Quelle demoiselle avait-il frôlée ou bousculée ?
« On est là Georges ! T’es tout pâle, t’es malade ou quoi ? »
Cette voix ! C’était Julien ! Georges se retourna et poussa un soupir de soulagement en apercevant ses amis. Julien le premier, Olivier, Tessa, Bernard, et Aude. Il était heureux.
« Enfin, je vous trouve ! » s’exclama-t-il, essoufflé, tentant de retrouver son calme. Il scruta dans la direction de son agresseur pour s’assurer - il était temps - qu’il n’était plus suivi.
Il pouvait enfin s’apaiser un peu. Ces quelques instants avaient semblé durer une éternité.
Il avait enfin réussi à rejoindre ses amis. Il aurait dû être totalement soulagé, cependant il lui manquait encore quelqu’un. Quelqu’un qui ne faisait pas partie de ce groupe.
Etait-elle venue ? Il le fallait ! Mais où était-elle ? Alors qu’il serrait la main à ces messieurs et faisait la bise à ces demoiselles, il ne cessait d’observer les alentours, perdant son regard dans le vague de la mer de paillettes à sa recherche mais en vain… Mais en vain…
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Vendredi 8 février 2008


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« Alors, tu es arrivé il y a longtemps ? On ne t’a pas vu à l’entrée. » demanda une voix de crécelle appartenant à Tessa, belle brune au teint clair.
« Longtemps ? Non, je suis arrivé en retard. Quelle guigne ! »
« Toi ? A la bourre, Georges ? On dirait qu’on est dans une fiction ! » éclata de rire Bernard, un chabin aux cheveux bruns, courts et frisés.
Tous en rirent, y compris Georges quand bien même dût-il s’y forcer.
« Il y a encore plus de monde que prévu. » fit remarquer Olivier.
« J’ai cru entendre qu’ils étaient déjà arrivés ! » clama Aude, charmante négresse, brune à chignon et aux formes généreuses.
« Qui ça ? » demanda Georges .
« Nigaud ! Conrad et Elody ! Evidemment ! » Aude avait semblé outrée d’entendre une telle question.
« Ah ! Oui ! Où avais-je la tête ? » répondit-il.
 
Où avait-il la tête ? Il le savait bien. Sa tête n’avait qu’un seul but, une seule tâche de fond qui accaparait ses capacités d’attention, de mémoire et de réflexion. « Où est-elle ?» Voilà la question qui persistait comme le goutte à goutte nocturne du robinet mal fermé de ses espoirs.
Il n’avait plus eu de réponse à ses messages, ni à ses appels. Il avait pensé qu’elle plaisantait, comme toujours depuis qu’il la connaissait, quand elle lui avait dit ne plus vouloir le voir ou l’entendre avant ce fameux soir de bal. Mais là, il doutait. Il n’avait vraiment plus réussi à la joindre depuis. Le jour J était arrivé et il demeurait dans un brouillard, épais comme celui d’une Londres victorienne, sans aucun signe de vie. L’avait-elle simplement rayé de sa liste ? Il ne voulait pas y croire. Non, il en était certain. Sous ses airs désintéressés, sous ses piques, ses vannes, elle ressentait forcément quelque chose pour lui.
 
« GEORGES !» avait hurlé Julien, grand gaillard caucasien aux cheveux noirs et bouclés. « Cesse donc de rêver ! Ca fait une minute qu’on te dit qu’on se déplace. On se rapproche de la piste ! »
Pauvre Georges, il n’arrivait vraiment plus à donner le change…
 
L’on assistait sous le dôme à un jeu de flux et de reflux des convives. Une voix vieillie et nasillarde avait demandé de libérer la piste en vue du début du Bal. La plupart s’éloignait du centre du dôme pour dégager le plateau de danse, d’autres au contraire s’en rapprochaient pour être aux premières loges. Aude et les amis de Georges voulaient faire partie de ceux-là.
 
 
Il les suivit machinalement, toujours obnubilé par ces questions terribles et toujours à balayer la foule de son sonar oculaire, à la recherche de celle qui avait emménagé depuis peu dans sa tête. « Et si elle n’était pas venue ? »
« Et si elle avait eu un accident ? Elle s’est faite agresser en chemin ! Non ! Non ! Et si… ? »
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Samedi 9 février 2008
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Alors qu’ils étaient presque arrivés à lisière de la forêt d’invités, le brouhaha cessa brutalement. Quelques murmures pareils à la brise vinrent meubler ce silence subit.
Il y avait au fond du dôme une troisième tribune haute, plus haute que les autres, luxueuse, sièges de velours rouge aux bordures dorées, réservée à l’élite, comme Conrad et Elody.
Des officiels y étaient installés mais ils semblaient sombres et flous tant le couple était resplendissant.
Elody portait une magnifique robe blanche sertie de diamants et de saphirs. La robe était longue, serrée à la taille et bouffante en dessous avec des volants en dentelle à fleurs azur. La poitrine d’Elody était mise en valeur par un corset qu’on devinait sous  sa robe de contes de fée.
Conrad quant à lui portait un costume classique blanc mais ô combien somptueux. Le tissu était satiné et brillait de mille feux. Les épaulettes bleues avaient leur contour doré. Doré comme la boutonnière de triangles aux côtés légèrement concaves et comme les boutons de manchettes parfaitement assortis. Le col mao rajoutait à la prestance du personnage, ce qui renforçait son image altière.
 
Ils saluaient la foule. Aude, toute excitée, leur renvoyait leurs mouvements de mains. Tout comme elle, la masse exultait ; et pour confirmer la règle : Georges dans le rôle de l’exception.
Lui était aveugle à toutes ces paillettes-là, sourd à toutes ces acclamations. Lui était frigorifié dans la marée de chaleur humaine, lui était seul… Solitude dans la foule…
C&E descendirent de leur tribune par un des escaliers de marbre rosé juste après que des couples de danseurs amateurs - ceux qu’on surnommait les Elus, triés sur le volet - se fussent positionnés en cercle tout autour de la piste de danse.
Ils allaient ouvrir le Bal.
L’orchestre, installé sous la tribune VIP, était prêt. Le chef avait la baguette à la main, tous les musiciens n’attendaient plus que son signal, il en était de même pour les danseurs.
 
C’est alors qu’un des officiels, un homme chauve au teint livide, d’âge mur, vêtu d’un ensemble bleu marine, micro à la main annonça d’une voix nasillarde:
 « Bienvenue à toutes et à tous au Dôme Manster. Merci d’être venus si nombreux, merci de votre confiance et de votre patience. Le Bal va maintenant être ouvert par les grands Conrad et Elody Johnnasson suivis des Elus ! Maestro ! »
 
A cet instant précis, tout changea sous la demi-sphère de verre et de métal. Plus un mot mais des notes. Un geste magistral du Chef d’orchestre initia la Valse, Amour Tzigane.
Les grandes lumières des lustres se tamisèrent pour laisser paraître des faisceaux de projecteurs convergeant vers C&E qui commencèrent à se mouvoir avec grâce. Leur élégance n’était pas que vestimentaire, ils semblaient couler le long d’une cascade de notes, ils glissaient sur la piste sans peine, tournaient en accord parfait avec la musique, la lumière braquée sur eux faisait scintiller les pierres précieuses de leurs apparats.
 
Même la solitude de Georges ne l’avait pas empêché de remarquer ce spectacle sublime, Conrad et Elody étaient magnifiques…
Peu après, les Elus suivirent dans la danse, soucieux de faire honneur à leurs hôtes et de confirmer leur talent aux officiels présents.
 
« Si elle était là, nous aurions pu être comme eux, si beaux… Si heureux… »
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Mardi 12 février 2008

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La soirée battait son plein, l’assistance était ravie.
Le couple à l’honneur avait regagné ses sièges, et la foule s’était mêlée aux Elus…
 
Georges, pour sa part, avait déserté l’agitation de l’agora pour rejoindre ce fameux couloir sombre à l’entrée. Il désespérait de n’avoir aucune nouvelle. Il farfouilla dans les poches de son costume avec l’illusion qu’il y retrouverait le téléphone qu’il avait oublié dans sa précipitation pour venir au Bal.
 
 « Elle va arriver…Bientôt… Elle va… ».
 
Il regardait sa montre. Sa trotteuse semblait indiquer les minutes. Lui-même trottait de gauche à droite à l’entrée du dôme, tentant vainement de s’apaiser. Il regardait si souvent les aiguilles qu’il avait plusieurs fois manqué de se froisser un muscle du cou.
Après une vingtaine de minutes de ce manège, il avait commencé à se ronger ce qu’il lui restait d’ongles.
Quelques instants après, alors qu’il cherchait de nouvelles explications à l’absence qui le tourmentait, Georges aperçut du coin de l’œil une silhouette familière, venant de l’intérieur du dôme ; une silhouette qui avait quitté la piste. Il finit par reconnaître Julien.
 
« Ca ne va pas, Georges ? » lui demanda son ami. 
« Comment ? heu si si ! Enfin…Non, je… » Georges répondit en soufflant.
« Oh là là, qu’est-ce qui t’arrive ? » S’inquiéta Julien.
Georges lui lança un regard grave « J’attends ma cavalière… »
« Ta cavalière ? Tu plaisantes ? » Sourit-il.
« Evidemment que non, tu sais bien que je ne suis pas du genre à faire des blagues ! »
Le ton avait été sec et aussi glacial que le regard si bien que Julien se ravisa et coupa court à son sourire.
« Mais… tu l’as connue où ? Tu n’en as jamais parlé. »
« Stella ! Je l’ai rencontrée sur internet, il y a un mois. On a parlé presque toutes les nuits. » Soupira un Georges un peu moins menaçant.
« Internet ? Toi ? Toi qui déteste les ordinateurs ? » l’interrogea son ami incrédule.
« Je… Que…Mais… » Son bafouillage était à la limite du pathétique.
 « Un mois tu dis ? Pile poil quand Sylvie t’a plaqué… »
Georges resta silencieux.
« J’y crois pas ! Toi, tout de suite après une rupture, sur internet en plus ? Tessa avait raison. Depuis cette histoire, ça ne tourne plus rond dans ta tête ! »
« Quoi ? Elle a dit ça ? Et toi tu es… d’accord ? »
« Et Comment monsieur explique-t-il toutes ces incohérences ? Je vais te ramener chez toi, il faut que tu vois quelque chose. Attends-moi là, je vais prévenir les autres.»
« Je… D’accord… » Répondit-il d’un air faussement résigné.
 
Georges était perdu, un de ses meilleurs amis le traitait de fou, mais il était sûr qu’il ne l’était pas. Elle allait arriver. Sinon, il serait toujours temps de prouver à Julien «  j’ai encore toute ma tête ! », de lui montrer les courriels, les photos sur l’ordinateur. 
 
Julien revint rapidement et après un passage par les vestiaires, ils prirent la direction du parking jusqu’à la petite trois portes bleue aux formes arrondies.
 
Trois quarts d’heure plus tard, Georges ouvrait la porte de son appartement.
« Viens je vais te montrer, Julien ! » annonça-t-il, déterminé.
Georges ne ferma même pas la porte d’entrée, filant à tout allure dans son salon, une pièce très en longueur, à peine éclairé par la lampe basse consommation s’allumant progressivement.
Il zigzagua entre les boîtes à pizza, « allez viens !», les télécommandes « dépêche, tu vas voir ! » et les boîtiers de dvd « tu vas arrêter de me prendre pour un fou !» et se précipita dans sa chambre, au fond à droite, dont il ouvrit la porte puis qu’il alluma…
Là, Georges se tût et resta planté sur place. Sur son lit défait, des miettes d’un sandwich, un magazine pour adulte ouvert sur un poster en double page, juste à côté un mouchoir visiblement humide, une canette de soda renversée, vide, des vêtements sales ou non-repassés, des chaussures en pagaille mais aucun ordinateur.
 
« Elle existe ! Elle a dû arriver pendant qu’on est parti. L’ordinateur portable, j’ai dû le déplacer, je… Ce n’est pas possible ! »
Il farfouilla ses draps, retourna tous les papiers entassés sur le bureau… Rien de rien. Impossible de retrouver son téléphone !
 
« J’ai du me le faire voler dans les transports !»
 
Georges se prit la tête dans les mains et s’agenouilla par terre sur un lit de poussière, une larme se dessinait au bord de son œil droit…
« Ce n’est pas possible… Ce n’est pas possible… »
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Vendredi 15 février 2008
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Julien venait de poser sa main sur l’épaule de son ami recroquevillé à même le sol, mais celui-ci semblait ailleurs. Il ne réagissait plus, il murmurait sans discontinuer « Pas possible… » Son regard était fixe, vide, ses yeux remplis de larmes…
 
Les minutes étaient passées et les lacrymales avaient fini par se mêler à la poussière pour former une pâte gris basalte quand soudain Georges sembla retrouver ses esprits. Il se redressa brusquement.
« Julien, il faut me croire, je ne sais pas ce qui se passe, mais je n’ai rien inventé. Je n’ai pas rêvé tout ça, je te le jure !»
« Jojo…Je suis sûr que tu y crois mais je t’assure, tu ne vas pas bien… Il faudrait peut-être en parler à un médecin, un psy, tu ne crois pas ? »
« Non, je ne suis pas fou, et que pourrait faire un psy ? Quelqu’un qui ne sait rien de moi, qui ne connaît pas ma vie, qui ne sait pas ! Non !  Je vous prouverai à tous !»
 
Alors que Georges se relevait avec fougue, son ami tenta de le calmer lui posant l’autre main sur l’épaule. Mais Georges se débattit violemment, poussant même Julien au point de le faire tomber lourdement au sol dans l’encadrement de la porte de la chambre.
 
« Tu as vraiment perdu la tête ! » maugréa ce dernier en se relevant, le visage empreint d’ire.
« Laisse-moi passer ! » somma Georges en chargeant littéralement son ami.
Julien encaissa le coup d’épaule et déséquilibra son ami d’un croc-en-jambe, celui-ci le saisit au col et l’entraîna dans sa chute, jusqu’au salon.
Ils roulèrent sur les dvd et sur les boites à pizza. Georges prit le dessus et frappa Julien au visage à plusieurs reprises, puis au flanc.
Un dernier coup et Julien ne réagit plus. George s’interrompit net, le bras levé, les yeux fixés sur le visage de Julien, à califourchon sur son corps désormais inerte.
 « Que ? Qu’ai-je fait ? Il est inconscient ? Mort ? »
Georges se releva lentement, bras ballants, tête baissée et mine abattue. Observant le visage en sang de son ami au milieu de ses déchets cartonnés, il se mit à tourner en rond autour du fauteuil sur lequel il s’appuya finalement des deux mains.
« Bon, sang, il avait raison… Il avait raison… Je perds la tête. »
« UN !»
Sa vision se brouilla dans un mélange d’images d’une inconnue brune, mulâtresse, aux cheveux mi-longs, de Julien souriant, de Julien inconscient, de Julien en sang, de Conrad et Elody, de la grande brute, de son entrée par le couloir sombre dans le Dôme Manster, « DEUX !» du visage livide de l’Officiel dont il ignorait jusqu’au nom. Toutes ces images en une spirale infernale, hypnotisante… « TROIS !» Georges perdit connaissance à son tour et s’effondra à côté de son ami.
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Dimanche 17 février 2008
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« Réveillez-vous, Georges. » Une voix rauque d’homme âgé venait de le ramener à lui.
Georges avait les yeux écarquillés mais ne regardait pas son interlocuteur qui était sur sa gauche.
« C’était incroyable… horrible… » déclara-t-il, haletant…
« Avez-vous trouvé ? »
« Je… non je ne crois pas… »
« Ce n’est pas grave nous continuerons la prochaine fois. »
« Oui… Docteur… » Georges avait répondu machinalement, choqué de se rendre compte que finalement il était dans le cabinet d’un psy… Il avait donc accepté d’écouter son ami Julien.
« Au fait vous avez reçu une lettre. »
« Et pourquoi mon Psy recevrait-il mon courrier ? » pensa-t-il. « Reçu une lettre ? Mais où suis-je ? Et de qui ? » s’étonna Georges
 « Vous êtes à la maison de soins psychiatriques Manster. »
Georges le regarda enfin et reconnut le visage livide et chauve de l’officiel. Il lui tendait une lettre avec un grand sourire.
« Retournez dans votre chambre, l’aide-soignant va vous aider. »
Georges abasourdi remarqua sa tenue blanche de patient, se leva après avoir pris la lettre et se dirigea vers le couloir où l’attendait la Bête, l’armoire à glace…
« Suivez-moi, monsieur Korsteen. » lui dit-il chaleureusement en souriant. Georges le suivit, crispé. Il sentit perler une goutte de sueur sur sa tempe droite quand, en quittant le long couloir, ils arrivèrent à un grand hall en forme de dôme, au plafond en verre.
Ils empruntèrent un autre couloir. Sur les murs, des bandes de couleurs indiquant la direction pour se rendre dans les différentes parties du complexe. Eux suivaient la bande rose.
Par une fenêtre, il observa quelques secondes un grand arbre aux branches pendantes et aux feuilles longues baignant parfois dans l’étang sale où ses racines étaient noyées. Cette vision fugace lui provoqua un frisson remontant le long de sa colonne vertébrale, emprisonnant les muscles de son visage dans le masque morbide d’une affreuse grimace.
Arrivé dans sa chambre, il s’installa sur son lit et, une fois seul, ouvrit la lettre.
 
Mon Très cher Georges,
 
J’ai appris ce qu’il vous était arrivé après le Bal.
Je suis désolée de n’avoir pu venir ce soir-là.
Je n’ai pas eu le courage, j’avais peur de ne pas vous plaire une fois face à face. En photo ou par webcam, tout est si différent.
N’étant pas de la famille, j’aurai du mal à vous rendre visite. Je vous souhaite force et courage pour vous rétablir.
Je sais que je ne pourrai jamais la remplacer et vous présente mes sincères condoléances.
Votre Stella. 
 
« Non ! Ce n’est pas possible !
Si tu… Elle existe ! Mais non, Julien ?! Aaaaarrrgggg !!»
 
La porte s’ouvrit brutalement et une infirmière au visage de la Belle pénétra en trombe dans la chambre. Après que sa Bête eût maîtrisé Georges, elle lui fit une injection dans le cou tandis qu’il hurlait en boucle : «  Pas possible ! Remplacer qui ? Des condoléances ? Pour qui ? »
 
« Voilà, Monsieur, tout ira bien… » dit-elle en souriant.
Georges qui commençait à perdre connaissance, voyait trouble et déformé. Le sourire de l’infirmière lui apparaissait comme un rictus démoniaque, décoré de canines saillantes, et son regard de braise fumait de sadisme.
 
Les paupières de Georges se fermèrent lentement pendant qu’il prononçait quelques mots, le ton grave, comme une épitaphe :
 « Que…m’avez-vous fait… ? C’est… un … cauchemar… »
 
 
 
 
 
FIN
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